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C comme Contes et Légendes





Le patrimoine de contes et de légendes du peuple breton est parmi les plus riches qui soient, car il n’est guère de peuple sur terre qui ait autant d’imagination et de fantaisie que celui des Celtes. Nos vieux conteurs savaient broder à l’infini sur les thèmes traditionnels conservés dans leur mémoire.



Au Moyen Age déjà, les récits légendaires composant ce qu’on appelle la « Matière » bretonne étaient réputés les plus merveilleux de tous. « Li contes de Bretagne sont vains et plaisants » écrit un poète du XIIIème siècle qui les compare à ceux de Rome, savants et « de sens apparent », et à ceux de France, réalistes.

De génération en génération les paysans de chez nous se sont transmis le trésor ancestral de contes, de légendes, de récits mythiques, de traditions, en l’enjolivant au gré de leur fantaisie, en l’adaptant à leur propre univers, à leur temps, à leur façon de penser, et en modifiant parfois ce qu’ils ne comprenaient plus trop bien.

Avant l’invasion des campagnes par la télévision (et maintenant les téléphones portables et autres  
moyens informatiques de communication), plus destructeurs des cultures originales que les Vikings eux-mêmes, les veillées dans les fermes, se passaient volontiers à écouter les contes narrés avec verve et un rien de malice par un domestique à la langue bien pendue ou par un « klasker bara », un vieux mendiant venu demander asile pour la nuit.

Le répertoire de contes et de légendes des meuniers, des tailleurs, des mendiants et d’un bon nombre d’autres joyeux compagnons était inépuisable. Beaucoup de leurs récits, la plupart traditionnels mais quelques uns sortis de l’imagination du conteur lui-même, ont été recueillis. Malheureusement la plupart de ces recueils sont introuvables aujourd’hui.



Les contes et légendes du Pays Breton sont probablement les plus envoûtants, les plus merveilleux de tous.
S’il est faut de considérer la Bretagne comme la terre du passé, car elle est ardemment tournée vers l’avenir, il n’en est pas moins vrai que le passé y imprègne le présent et le fait flotter dans un halo intemporel.
Hier c’est aujourd’hui et demain c’est hier.


Les druides donnent la main aux spécialistes de l’électronique et les conducteurs de bulldozers sont les arrières grands pères des constructeurs de dolmens.
Une civilisation nouvelle n’y balaie par les précédentes mais s’y superpose. Le peuple est riche de souvenirs millénaires. Nul autre n’est plus porté que lui au rêve, nul  autre n’est plus imaginatif. L’univers, pour un Breton, est une forêt enchantée ou l’on avance dans la pénombre à la rencontre du merveilleux. Les choses qui l’entourent ne sont pas des réalités objectives mais des signes, des manifestations de l’invisible.

« Maintenant imaginez-vous que vous êtes assis avec vos amis ou votre famille, après souper, devant la grande cheminée où pétille un feu d’ajonc. Le Grand-Père s’est installé frileusement dans l’âtre même, sur le petit banc à pieds inégaux.
Les femmes filent la laine et le grand valet a entrepris de sculpter sa cuiller personnelle, en bois de buis, à manche pliant.
Vous avez allumé votre pipe avec un tison, tiré quelques bouffées. Moi je suis le « Klasker bara » en haillons qui passait par là.
J’ai fait à votre table une bonne ventrée de lard, de pain beurré et de bouillie d’avoine et vous venez de me prier poliment de m’asseoir à la place d’honneur, en face du Grand-Père.
Alors je me suis raclé la gorge deux ou trois fois. Faites silence et pour bien me lire, fermez à demi les paupières et ouvrez toutes grandes les oreilles. »

« La Dame et les Chats »
« Il y avait une fois, une vieille dame très riche qui aimait beaucoup les chats. Elle en avait sept ou huit qu’elle faisait manger à table avec elle ; chacun avait sa chaise et son assiette. Elle disait toujours  que les bêtes valaient mieux que le monde, qu’elle ferait son testament pour ses chats et qu’elle leur laisserait toute sa fortune."
« Mais elle avait un neveu qui était prêtre. Il aurait bien voulu hériter de sa tante, et çà l’ennuyait fort de voir toutes ces bêtes-là dans la maison. Quant il venait voir la dame, il ne ratait pas une occasion de lui dire que les chats étaient des bêtes du diable et que c’était un péché de tant les aimer. "Peine perdue ! La tante ne faisait que rire de ce que lui disait le prêtre, et elle en chérissait davantage ses chats."
« Or, une fois, elle fut obligée de s’absenter pendant huit jours afin d’aller voir ses fermiers. Elle dit à son neveu de venir demeurer chez elle, durant  son absence, pour veiller à sa maison, et surtout pour bien soigner ses chats."
« Le prêtre vint donc s’installer chez sa tante. Quand l’heure du dîner arriva, il dit à la domestique de mettre le couvert des chats comme à l’ordinaire. Mais quand les chats furent bien installés sur leurs chaises, il fit un grand signe de croix, et, tirant un fouet qu’il avait caché sous sa soutane, il se mit à frapper les pauvres bêtes qui se sauvèrent un peu partout."
« Au repas du soir, ce fut la même choses, et tous les jours tant que la dame fut absente.
« Quant elle revient, la première chose qu’elle demanda, ce fut si les chats avaient été bien soignés.
« -Certainement, répondit le prêtre, j’ai fait tout ce que je pouvais pour eux, mais ce sont des bêtes maudites ; elles ne peuvent pas supporter mon costume, et je vous montrerai tout à l’heure que ce  sont vraiment des animaux du diable."
« La dame passa dans la salle à manger où le couvert était mis. Les chats, bien contents de retrouver  leur maitresse, se frottaient à sa robe et ronronnaient. Puis, comme la dame prenait place à la  table, les chats sautèrent sur leurs chaises."
« Le prêtre fit alors le signe de la croix. Les pauvres bêtes, croyant qu’on allait les chasser à coups de  fouet comme les autres jours, se précipitèrent au bas de leurs chaises en miaulant.
«-Eh bien, ma tante ! dit le prêtre, ne vous avais-je pas dit la vérité. Vous avez vu comme ces maudits animaux craignent le signe de notre Seigneur ?"
« La dame fut très étonnée. Et comme elle avait peur du diable, elle renvoya ses chats et laissa tout  son bien à son neveu. »

Ce conte facétieux, recueilli en 1858, est dans le ton des chansons quelques peu anticléricales que l’on observe dans la tradition bretonne. Un pays religieux ne peut manquer de se moquer des clercs et de montrer la rapacité et la ruse de certains d’entre eux


Sources
« Contes et légendes du Pays Breton – Yann Brekilien – Editions Nature et Bretagne »
« Contes populaire de toutes les Bretagnes – Jean Markale Editions Ouest  France »

A lire également ; un blog très intéressant qui a traité des contes et légendes bretonnes