L'ARGOT DES TRANCHEES #GENEAVEILLE

PETITE PAGE D'HUMOUR !
Il ne s'agit pas là de se moquer de nos très valeureux poilus, ni de leurs ennemis tout aussi vaillants, mais plutôt de mettre une petite pointe d'humour dans les trop sérieux articles sur la Grande Guerre ! Nos poilus se moquaient d'ailleurs d'eux-mêmes (voir l'Echo du Boyau, Le Diable au cor, Rigolboche, etc...)

J'ai lu récemment le dernier numéro de la revue "GENEALOGIE MAGAZINE" et j'ai trouvé un article sur la définition du POILU, extrait du Dictionnaire des Tranchées qui m'a bien amusée !

Je suis donc allée consulté sur GALLICA "L'Argot des Tranchées", d'après les Lettres des Poilus et les Journaux du Front.

Je vous livre quelques définitions

POILU (m.s subst.) - Mammifère du sexe masculin présentant avec l'homme civilisé de vagues ressemblances et des différences notables. Muni comme lui de deux pieds et de deux mains, se sert indifféremment des uns et des autres pour se gratter et pour progresser. Se repaît du brignolet, de la bidoche et des canards de l'ordinaire ; boit l'eau pure fille du rocher, mas lui préfère le jus, le picmuche et la gnôle. A le corps couvert d'un poil, frisé chez le Gascon, rude chez le Limousin, abondant surtout dans la région du blair. Noter cependant que le poilu de race pure se reconnaît à l'absence de poil dans la main et à sa présence.... ailleurs.
Ceinturonné de noir par le milieu, vêtu de probité candide et de drap bleu, le poilu ne vit pas le dos au feu, le ventre à table, mais face à l'un et loin de l'autre. Il affectionne les demeures souterraines ainsi qu'un langage énergique à peu près intraduisible dans aucune des langues parlées par les civilisations.
Son parasite est le got (surtout l'austro- got) ou grenadier, dont il ne se débarrasse que par une offensive de tous les instants
Le poilu possède au plus haut point la phobie du boche et de l'Embusqué. Emploie contre le premier tous les procédés d'occision connus de nos jours et contre le second les termes les plus insultants de son vocabulaire
Le poilu complet (comme l'athlète) ne se se rencontre que dans la région compris entre l'Yser et la Suisse et sur une largeur de quelques kilomètres seulement.
L'Echo du Boyau N° 3 - 15 aout 1915.


 

BRANCARDIER (m.s) - Mammifère de l'ordre des poilus ; extérieurement il se distingue du poilu ordinaire par le signe rouge, en forme de croix, qui orne son membre antérieur gauche ; il se caractérise, surtout par ses mœurs toutes spéciales et son genre de vie très différent de celui de son proche parent, le poilu des tranchées.


 De même qu'on a personnifié le travail dans la Fourmi, l'astuce dans le Renard, la malpropreté dans le Porc, et la fourberie dans le Boche, le Brancardier semble l'incarnation du dévouement.
Peu belliqueux de sa nature, il se borne à suivre au combat les autres poilus, ses frères, afin de les panser, et, au besoin, de les emporter s'ils sont blessés. Rien ne le rebute, dans l'accomplissement de ce travail de sauvetage, et l'on a vu des brancardiers se faire tuer en essayant d'aller chercher un de leurs congénères tombé au cours de la bataille.
Pendant les périodes calmes, les brancardiers poursuivent leur œuvre bienfaisante ; ils se rassemblent en groupe et soufflent de leur mieux dans les instruments de formes variées dont ils tirent des sons assez agréables pour la plus grande joie des poilus qui les écoutent.
Ils sont généralement dans cette tâche plutôt les clairons et l'ensemble forme ce qu'on appelle une "fanfare". Une chose curieuse à étudier, c'est la façon dont procèdent les clairons et leurs partenaires pour arriver à produire leurs sons en mesure ; tandis que le brancardier-fanfariste animal méthodique et de tempérament classique, déchiffre méticuleusement, sur un carton gribouillé, les notes et les mesures, le clairon, plus fantaisiste et d'allures plutôt romantiques, joue de mémoire en scandant simplement les temps avec le pied.
Le brancardier, être bizarre, et à transformations multiples, sera sans doute, pour les générations futures, un sujet d’étonnement et d'admiration. Nos arrières-petits enfants se représenteront avec stupéfaction cet étrange phénomène ; aujourd'hui , terre neuve sauveteur versant au jour de la bataille la teinture d'iode réglementaire, et obligatoire sur les plaies des poilus et demain, rossignol charmeur faisant couler dans leurs oreilles des torrents d'harmonie.
Le Diable au Cor N° 11 - 22 août 1915.

D'après RIGOLBOCHE 
- Poilu - Sauvage de mœurs  paisibles dont l'existence se passe à chasser le Boche.
- Fritz - animal sauvage vivant sous terre en société et impossible à apprivoiser (synonyme Boche)
- Flotte - boisson commune des poilus, formant la base du pinard
- Pinard - liquide sacré qui offre la double particularité de s'évaporer rapidement et de ses transmuer en eau
- Gnôle - autre liquide sacré que le grand'prêtre ou Kabô fait le simulacre de partager aux indigènes qui s'agitent autour de lui
- Becquetance - brouet dont la composition varie par l'alternance de ses deux éléments ; le matin riz et singe, le soir singe et riz
- Distribe - grand mystère nocturne auquel ne sont admis que quelques privilégiés qui en reviennent au petit jour dans un grand état d'excitation
- Cuistots - personnages mystérieux qui se groupent dans des contrées lointaines et qu'on invoque aux heures des repas.

Lettre d'un Pantruchard du Front 
"Mes chers vieux,
"Quand les  Bobosses ont mis les voiles des tranchées avec tout leur bardin, on a pris le"Saurer" des Galeries Lafayette et sommes à c't'heure au repos. On se déhotte vers 6 plombes, on s'ouvre les châsses avec de l'eau pour les yeux et on avale le jus. Il n' y a pas à se magner pour se fringuer, car on se pagnotte avec ses grolles et son fondard et on n'a qu'à se coller son képroque.
"Quand l'appel a été fait par le pied de banc (un mec que je ne peux pas blairer), les poilus qui se sont faits porter pâles vont voir le toubib ; les autres démurgent et vont bagoter à l'exercice pour se dégeler les fumerons. Quand on radine au patelin, on se tape le rapport ousqu'on nous donne les babillardes et les paxons, puis on se coltine les distribes, on touche de la barbaque gelée. Quelquefois du pinard, mais le plus souvent, on se l’accroche toujours nib de gnôle. Puis on va becqueter ; comme le cuistot fait de la becquetance maous pépère, on s'en fout plein la lampe.
"Après avoir grillé une sibiche de perlot ou une bouffarde de gros cul, on en écrase sans s'en faire une miette, car on ne prend pas de pruneaux en poire ; il ne dégringole pas de marmites ou des gros noirs ou des crapouillots pour chambouler la cagnat.
"Le soir quelques-uns vont à la corvée de cirage et les types qui sont rétamés où qui chèrent de trop près des fumelles pigent de la grosse. Comme je n'en pince pas pour la tôle, je fais une partie de brêmes. Vers 10 plombes on va au plume en attendant qu'un perco à la graisse d'oie nous dise que les Boches ont mis les bouts de bois. 
"Mais ce serait trop vernoche ...
"J'espère que la Censure  pour moi ne sera pas trop dure.
"Ma prose en langage guerrier, sans qu'elle puisse l'inquiéter, vous fera voir, mes chers Parents, comment se passe notre temps".

"N.B Les personnes qui ne saisiraient pas très bien le langage du front sont priées de venir faire un petit séjour aux tranchées, où elles auront toute facilité pour l'apprendre et le parler."

Bobosses - Boches Bardin -Bagages militaires Saurer - autobus Dehotte  -se mettre en marche Plombe – heure Chasse – œil Eau pour les yeux – eau de vie Magner – se remuer Fringuer – s’habiller Pagnotte se coucher Grolles – chaussures Fondard – pantalon Képroque  képi Pied de banc – sergent Porter pâles - malade Toubib – médecin Démurgent – s’en aller Bagoter – marcher faire des exercices Fumeron – jambes Radine – arriver Babillardes - lettres Paxons – paquets Distribes – distribution de lettres et de paquets Barbaque – viande de mauvaise qualité  Nib de gnôles – pas de gnôles Becquetter – manger Maous Pépère – gros lourd  S’en fout plein la lampe -  on s’en met plein dans l’estomac Sibiche – cigarette Perlot – tabac  Bouffarde de gros cul – pipe Pruneaux – balles Marmites – gros obus allemands Crapouillot – petit mortier  Chambouler le cagnat – bouleverser l’abri Fumelles – femmes Pigent – attraper Grosse – prison Brêmes – cartes à jouer  Plume – lit Perco- renseignement

 Sources
- GENEALOGIE MAGAZINE (N° 340/341 septembre octobre 2014)
- GALLICA BNF "L'Argot des Tranchées  d'après les lettres des poilus et les journaux du front"
- http://87dit.canalblog.com/archives/2012/11/28/25689179.html


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