HISTOIRE D'APOTHICAIRE


Apothicaire - Apothecarus
Apothicaire:s, m, celui qui prépare et vend les remèdes ordonnés par le médecin. Les Apothicaires de Paris ne font avec les Épiciers, qu'un seul et même corps de communauté, le second des six corps des marchands.
Au VIème siècle, le pape Pélage II décida d’interdire aux moines d’exercer toute activité d’apothicaire et rédigea ainsi le tout premier document où ce nom apparaît.
Apothicaire vient du Grec via le Latin. Le mot grec "apothiki" s'applique toujours en Grec moderne à tout entrepôt, dépôt, magasin, réserve... où l'on range des provisions et marchandises!...
L’apothicaire est donc chargé de la composition des remèdes, qu’il prépare, vend, et quelquefois administre… ainsi que de la bonne conservation des différents ingrédients qui entrent dans leur fabrication !

« Le bon Dieu met toujours le remède à coté du mal !… »

En 1353 les épiciers-apothicaires reçoivent du Roi des statuts dont voici quelques extraits :

"-Nul ne peut entreprendre de commerce s’il ne sait lire ses recepts ou s’il n’a entour lui personne qui le sache faire "
"-Nul ne peut vendre médecine venimeuse ou périlleuse "
"Tout apothicaire qui aura confectionné une médecine de longue conservation inscrira sur le pot l’an et le mois de confection"
"Tout Apothicaire vendra à juste, loyal et modéré prix"
Une ordonnance de 1484 commence à distinguer les épiciers des apothicaires, bien qu’appartenant tous deux à la même corporation, nul épicier ne peut se dire apothicaire s’il n’a servi 4 ans comme apprenti, et satisfait à un examen très poussé sur la connaissance des drogues.
Autour des apothicaires et des épiciers gravitaient nombre de commerçants spécialisés : les herbiers fournissaient les herbes médicinales, les ciriers et les « pévriers » débitaient la cire et le poivre, les regrattiers achetaient la cire en pain et la revendaient... 
L’histoire des apothicaires rappelle en tout point celle des chirurgiens, longtemps assimilés aux barbiers. Avec le temps, ils ne cesseront de marquer leurs différences vis-à-vis des épiciers, ce qui fera évoluer les deux activités.
Non content d’avoir brisé leur assimilation aux épiciers, les apothicaires voulurent concurrencer médecins et chirurgiens.
Il faut bien avouer que les médecins étaient en partie responsables de cette situation.
Car ils dédaignaient toucher les malades. Après s'être longtemps chargés de la préparation des médicaments, ils décidèrent même de se consacrer uniquement aux travaux intellectuels, délaissant ainsi cette activité aux épiciers, tout comme ils avaient plus tôt. abandonné aux barbiers les opérations chirurgicales. Ces activités manuelles leur étaient par trop déshonorantes !
Par conséquent, les saignées étaient pratiquées par les chirurgiens-barbiers et les clystères ou lavements revenaient aux épiciers-apothicaires La municipalisation de ces clystères fit d’ailleurs leur fortune ce qui explique l'épitaphe d'un apothicaire lyonnais :
 « Ci-gît qui, pour un quart d'écu, S'agenouillait devant un cul. »
Ainsi, il arrivait à certains apothicaires d'outrepasser leurs prérogatives en administrant des remèdes à la demande des patients qui, par souci d'économie ou de proximité, appelaient le médecin en dernier recours.
A l’aube du 18ème siècle, apothicaires et épiciers appartiennent toujours à la même communauté de marchands, mais l’apothicaire adopte une démarche résolument plus scientifique.

Se tenir prêt à mourir

Dans les temps anciens, la population ne connaissait pas les longues maladies. Hommes et femmes, toutes classes confondues mourraient jeunes.
Que ce soit d’une blessure d’outil mal soignée, d’une ruade de cheval, d’une chute ou d’un simple refroidissement, la mort frappait à n’importe quel moment.
Pendant des siècles, la maladie tant redoutée fut vécue comme une fatalité.
La tradition chrétienne la considère comme un avertissement divin, tandis que la douleur est assimilée au pécher originel. La médecine est alors laissée aux mains d’hommes et de femmes qui détiennent un savoir relatif.
A mi-chemin entre le monde des empiriques qui tirent leurs connaissances de l’expérimentation, et celui des savants.

« Les hommes guérissent souvent sans médecins, mais non sans remèdes!… »
Médecins et chirurgiens interviennent sur le corps alors que les apothicaires prescrivent toutes sortes de remèdes contre les maladies 
La préparation de ces remèdes ancestraux s’est perpétuée pendant des siècles (aujourd’hui la chimie moderne tend à confirmer ce que nos prédécesseurs avaient découvert empiriquement).
"Pour triompher de maladie, tardif remède est sans vertu !…"


Plantin, Mandragore et Marjolaine. Le livre des Simples Médecines. Platearius, XVème siècle.
Le savoir de l’apothicaire s’appuie également sur des ouvrages tel que « l’Antidotaire Nicolas », précis de pharmacopée écrit par Nicolas Myrepse, médecin grec du XIIème siècle.
Mais si chaque apothicaire devait posséder cet ouvrage (ce qui était vérifié lors de la visite que faisaient deux médecins chargés du contrôle des officines), ce n’était pas le seul à sa disposition.
On peut également citer les « Médicaments simples », le « Livre des Simples Médecines » de Platearius et la « Pratique » du médecin arabe Jean Mésué, ainsi que le « Livre des subtilités des créatures divines » de Hildegarde de Bingen.

Ces ouvrages seront remplacés par le « Codex de 1599 », qui sera régulièrement mis à jour.
   Une boutique d'apothicaire au XVIème siècle. Dessin de Sellier, d'après Sandrat et hartman

Dans celui de 1758 figurent des formules très anciennes et très complexes de remèdes tel que la « Thériaque d’Andromaque l’ancien », médecin de Néron, et le « Mithridate », composé par le roi du même nom.
Ces mêmes Codex seront embarqués à bord des navires de la Marine Royale, mais également sur d’autres vaisseaux, tels ceux de la Compagnie des indes…
Malgré tout, la frontière entre apothicaire et charlatans s’avérera bien ténue en certaines périodes de l’histoire.
« Autant vaut mourir du mal que du remède !… »
« Dorer la Pilule »
Pour leurs clients fortunés, les apothicaires n’hésitaient pas à enrober les remèdes qu’ils préparaient de poudre d’or.
Pratique très intéressante pour le praticien, car il les vendaient alors fort cher !
Mais une pilule dorée se révélait beaucoup moins efficace, car l’or qui la protégeait ne permettait pas à l’organisme de l’absorber, et elle traversait le corps humain sans aucun effet pour le patient
Les Serments
« L’apothicaire n’a rien de ce qui ne coûte argent !… »
« Ce que l’on gagne le dimanche se dépense chez l’apothicaire !… »
On conçoit aisément qu’une bonne police ait du veiller à ce que cette branche de la médecine ne fut confiée qu’à des gens dont on s’assurait des capacités et de la probité par des examens, des expériences, des chefs d’œuvres, des visites et tout autre moyen que la prudence humaine peut suggérer.
Afin de réglementer la profession, plusieurs serments on vu le jour au fil des siècles
« La Prière de Maïmonide »
 « Le Serment Médical d’Assaph »
« Le Serment des Apothicaires »
« Le Serment des Apothicaires Chrétiens et Craignant Dieux »  
Certains à caractère plus au moins médical
« Le Serment dit de Montpellier »

Mais les Apothicaires devaient également avoir certaines « Qualitez »
La distinction entre Apothicaires et Epiciers se fit de plus en plus importante avec la création de la première école de « Pharmacie » en 1756.
« Vieux médecin, jeune chirurgien et riche apothicaire !… »

Mais il faudra attendre la fin du 18ème siècle pour que la corporation des apothicaires soit totalement indépendante, et que ses membres prennent le nom de « Pharmaciens ».
La déclaration royale du 25 avril 1777est considérée comme la première législation fondatrice de la pharmacie moderne. Les pharmaciens renoncent définitivement à l’épicerie suite aux mesures prisent par Louis XVI pour séparer définitivement le commerce de l’épicerie de l’exercice de la pharmacie.

De l’Apothicaire au Pharmacien
La maladie existait avant l’apparition de l’homme !…
On a pu en reconnaître certains signes sur des fossiles !…
Des découvertes de la paléontologie nous apprennent que nos ancêtres préhistoriques disposaient de moyens de se soigner par la découverte de certaines plantes médicinales au fond des cavernes.
Des fouilles exécutées aux abords de ces cavernes ont permis de conclure à la culture de plantes tel le pavot, la valériane ou la camomille.
Les premiers guérisseurs étaient des sorciers ou des prêtres qui procédaient par incantations ou gestes rituels : la maladie considérée comme l’œuvre d’un mauvis esprit, ne pouvait être combattue que par un homme doué de pouvoirs surnaturels.
La Grèce antique fit d’Asklépios ( roi de Thessalie et médecin réputé) le fils d’Apollon, Dieu de la médecine, que les latins rebaptisèrent Esculape.

Un plieur, enseigne d'une ancienne boutique d'apothicaire.

Vers la fin du vème scie avant J.C, Hippocrate peut être considéré comme le père de la médecine. Il se dégage de la médecine empirique, et base sa pratique sur l’observation des symptômes.
Après lui, d’autres firent progresser science et thérapeutique: Celse, Dioscoride, Galien…
Pendant des siècles, médecine et pharmacie restèrent confondus et furent exercées par le médecin qui prescrivait et préparait les remèdes. L’église chrétienne convaincue que tout remède était d’essence divine, s’intéressa de près à l’art de guérir.
Cassiodore homme d’état et écrivain romain réfugié dans un monastère fut à l’origine de l’intérêt qui se manifesta pour le traitement des maladies du corps vers la fin du Vème siècle il invitait les moines à étudier la médecine au travers des œuvres d’Hippocrate, Dioscoride et Galien et a réaliser traductions et copies qui se propagèrent au monde moderne le connaissances de la médecine antique.

Les moines soignaient aussi bien les âmes que les corps de leurs malades Les soins étaient dispensés dans les couvents qui possédaient une salle d’hospitalisation, un jardin botanique et un apothicairerie, parfois simple armoire, dont était en charge « l’apothecarius » moine médecin et apothicaire.
A l’aube du XIle siècle, la préparation des médicaments ne correspondait toujours pas à un métier particulier. Au XIIe siècle, le commerce, connut un essor remarquable. Les vendeurs de remède et d’épices, appelés speciarii, piperarri, aromaterii, apothecarii apparurent ainsi que les charlatans. colporteurs, bateleurs, qui allaient de ville en ville proposer des drogues mystérieuses guérissant tous les maux.
La société, féodale subissait d'importantes transformations sociales. Les marchands et artisans de certains métiers avaient pris l'habitude de se grouper dans des associations héritières des guildes nordiques, connues sous le nom de corporations. Des communautés d'Apothicaires se constituèrent..
Elles sont à l'origine du caractère réglementé que la pharmacie conserve aujourd’hui.

En 1258, Saint Louis donne des statuts aux Apothicaires, confirmé par Philippe Le Bon en 1339.
En 1484, Charles VIII promulgua une ordonnance stipulant que « dorénavant, nul épicier de nostre dicte ville de Paris ne s’en puisse mesler du fait et vacation d’apothicaire si le dit espicier n’est lui-même apothicaire ».

De nouvelles fonctions incombent donc progressivement aux apothicaires. Contrôle des marchandises et des poids et mesures.
Membre d’une corporation influente et détenteur de drogues rares et prestigieuses, l’apothicaire du XVIème siècle était considéré comme un notable bourgeois.
Avec le XVIIème siècle commença le monde moderne, les progrès de la science s’annoncèrent par des découvertes importantes. Cependant les remèdes de l’époque, extraits des règnes végétal, minéral, et animal, ne correspondaient pas toujours aux progrès de la chimie et de la pharmacologie.
L’image de l’apothicaire de l’époque n’était plus celle du XVIème siècle, mais plutôt celle d’un exécuteur des viles besognes entièrement soumis à l’autorité du médecin.Il est vrai qu’à l’époque la pratique de la saignée et du clystère faisait ravage, et le pauvre Louis XIII ne reçut pas moins de 312 lavements en moins d’une année.
Louis XVI par une déclaration royale de 1777, sépara les corporations d ‘apothicaire et d’épiciers reconnaissant ainsi le monopole de la vente des médicaments aux seuls membres du collège royal de pharmacie. Il officialisait ainsi la pharmacie comme une branche de la médecine nécessitant des études et des connaissances approfondies.
L’organisation moderne de la pharmacie date de cette époque, et durant la période révolutionnaire le mot apothicaire disparut ai profit de celui de pharmacien. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle que l’apothicaire fut enfin reconnu comme un homme de science et de progrès, grâce à l’introduction en thérapeutique de produits chimiques, ce qui eut une importance considérable sur la pharmacie.

Enseigne d'un apothicaire du XVIIIème siècle à Dieppe
L’apothicairerie fera également partie intégrante des « Cabinets de Curiosités », mais ceci est une autre histoire !…

Ils sont passés à la postérité, ou ont sombrés dans l’oubli !…  
Pierre Belon, est né vers 1517 à Souletière près du Mans et mort en 1564. Esprit très en avance sur son époque, est l'un des plus grands scientifiques du XVIe siècle
 


Louis Hébert, apothicaire (env. 1575 - 1627)
Le jeune apothicaire parisien Louis Hébert avait sans doute hâte d'aller explorer le Nouveau-Monde en 1604.
L'apothicaire d’Anne D'Autriche : Michel d'Ansse (?~1649)
Anne d'Autriche, épouse royale de Louis XIII, fut reine de 1615 à 1643, puis régente de 1643 à 1661. Plusieurs apothicaires royaux se succédèrent à son service.
Créateur de l'enseignement de la chimie : Nicaise LE FEBVRE (1610-1669)La formation de l'apothicaire était, dans ses débuts, exclusivement pratique, consistant en un long apprentissage des tours de mains nécessaires pour réussir les préparations.
Moyse CHARAS (1619-1698) Né à Uzès dans le Languedoc de parents huguenots, il étudia le latin, devint apprenti puis compagnon et enfin Maître Apothicaire.
La révolution personnifiée : Nicolas LEMERY (1645-1715)Si l'on en croit Molière, l'apothicaire du XVIIe siècle n'était que l'exécuteur de viles besognes, entièrement soumis à l'autorité du médecin.
Né à Montdidier en 1737, mort à Paris le 17 décembre 1813, Antoine Augustin Parmentier, commence ses études dans diverses pharmacies. En 1755, il quitte sa ville natale pour poursuivre ses études à Paris.
Un grand merci à tous ceux qui, connus ou anonymes ont permis à mon mari d ‘écrire ces quelques pages.
Je ne pourrais pas citer ici les dizaines de livres qu’il a lu ou les centaines de sites qu’il a pu visiter… mais sans vous ceci n’aurait jamais pu exister !…