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REFUGIES


Lors du premier conflit mondial, alors que les frontières nationales s’effacent et que s’installe le front, plus de 12 millions d'Européens se trouvent à un moment donné amenés à fuir la guerre, à devenir des « réfugiés ».
En 1914, la solidarité avec le peuple belge et les populations du Nord fuyant l’envahisseur est vu comme une obligation patriotique. Ils manquent de tout : argent, vivres, vêtements, logements.
En France, de nombreuses associations se constituent pour secourir les réfugiés. Intellectuels et notables s’engagent pour collecter des fonds, distribuent vivres et vêtements, logent les réfugiés. En Grande-Bretagne, des organismes de charité privés les prennent en charge.
  



Pour faciliter l’installation des réfugiés, une allocation est rapidement votée par l’Etat. En janvier 1915, elle concerne des centaines de milliers de Français et de Belges. En zone occupée, la Commission for Relief of Belgium veille à ce que tous les réfugiés bénéficient de ravitaillement.




Tous ont été contraints de quitter maison, famille et amis pour échapper aux exactions des troupes d'occupation mais aussi aux conditions sanitaires difficiles (pénuries, maladies...). Ces rapatriés ont été déplacés vers d'autres départements français où ils étaient accueillis, le plus souvent chez l'habitant et bénéficiaient dans un premier temps, de l'aide apportée par des organisations humanitaires.



 



Ernest Clément LEMESRE  né le 9 juillet 1876 - Lille, 59350, Nord, se réfugie comme beaucoup d’autres à LESSINES en octobre 1918.
On suppose qu’il part avec sa famille, (son épouse Rosalie Caroline Steelant (née à Lambersat le 14/9/1881, avec qui il s’est marié à  Lille  le  2/9/1899  et sp, fils (Maurice Elie né le 2/12/1900 à Lille)






Ernest n'avait pu être rappelé sous les drapeaux en 14/18 car durant son service militaire fin 1896, dans les aérostiers, il a eu un accident, a perdu la vision de l'œil gauche, est passé  au  conseil  de  réforme  (souche A/256/2N)  le  5/1/1897  et  réformé  définitivement  le  25/1//1897. 
Ernest reprend son métier de menuisier.

On trouve sa trace sur les registres de l’Hôpital Notre Dame des Roses à LESSINES.




 


D’après ce qu’à appris, ma cousine « Monique », trouvée grâce à Euphémie (voir mon article à la lettre E) Ernest est décédé à l'hôpital «Notre Dame à la Rose» de Lessines, et certainement de la «grippe espagnole», grand fléau de l'époque...
Hospitalisé le 16 octobre 1918 pour une bronchite, décédé deux jours après le 18 octobre et inhumé le 19 octobre au cimetière de Lessines !


 
 

Ernest a été inhumé à Lessines, chemin d'Ath, au vieux cimetière de Lessines. (N° Registre de décès 59 - acte de décès 168 - âge 42 ans - date de l'inhumation 19/10/1918 - section 22 fosse 8 - cercueil n° 168)







Un peu d'histoire.
Lors de l'hiver 1916-1917, à la suite de la bataille de la Somme, les Allemands décident de raccourcir leur ligne de front et créent la ligne Hindenburg (appelée aussi Ligne Siegfried). A cette occasion, ils pratiquent la politique de la terre brûlée vis-à-vis des villages du Nord de la France qu'ils vident entièrement de leurs habitants dont une partie est envoyée plus au nord.



En septembre et octobre 1918, les malades affluent à l’hôpital. Fièvre, maux de tête, sensation de brûlure aux yeux, frissons : c’est la grippe espagnole ! La majorité́ des malades sont des réfugiés du nord de la France (région lilloise) qui sont évacués par l’armée allemande car le front recule. Nombreux décèdent à l’hôpital. Une plaque érigée en leur mémoire est encore visible dans le cloître. Certains réfugiés, y compris des malades, sont accueillis dans des familles à Lessines. A la fin de la guerre, de retour chez eux, ils découvriront « l’enfer du nord » : leur région est complètement dévastée.



C'est en effet à cette période qu'a sévit la grippe espagnole qui fit quantité de victimes civiles. Mercedes DESCORNEZ, a réalisé une étude sur les malades de l'Hôpital Notre Dame à la Rose dans un article dont voici un court extrait:



« La ville de Lessines n’a pas échappé à l’épidémie. Nous ne possédons pas toutes les archives pour nous renseigner sur les malades pris en charge à domicile ou tous ceux qui n’ont pas bénéficié de soins, mais nous avons un registre qui reprend les cas enregistrés à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose. Nous pouvons y observer que la quasi entièreté des cas de grippe est enregistrée en octobre 1918. On peut remarquer que la majorité des sujets atteints sont des hommes entre 15 et 39 ans. Sur 169 entrées pour ce mois, 72 concernent des cas de grippe, grippe infectieuse ou influenza ce qui représente un peu plus de 42 % des cas admis et cela sans compter sur les éventuelles erreurs de diagnostic. En effet, au vu des symptômes (saignements de nez, asphyxie, cyanose,…), certains médecins pensaient avoir affaire, entre autres, à la peste pulmonaire. Cependant, comme signalé plus haut, ce chiffre est vraisemblablement très en deçà de la réalité, vu la faible proportion des cas pris en charge à l’Hôpital. Par ailleurs, il est intéressant de noter que 61 des personnes accueillies à l’Hôpital pour cette affection sont des réfugiés français. Cela s’explique par le fait qu’à cette époque, certaines villes du nord de la France évacuent les civils vers la Belgique afin de les mettre à l’abri des combats. Cette population, déplacée et affaiblie, était particulièrement fragile face à l’infection et a payé un lourd tribut. »









   
















Aucune épidémie n’a tué autant d’hommes et de femmes en si peu de temps

La grippe «espagnole» attaque là où on ne l’attend pas

La grippe "espagnole" est surprenante à plusieurs égards. Elle s’attaque particulièrement aux personnes généralement épargnées par les épidémies "classiques". Les populations sont habituées à voir les maladies atteindre plus violemment les jeunes enfants et les personnes âgées, mais la pandémie de 1918-1919 tue surtout les jeunes adultes, entre 20 et 40 ans. Cette réalité, incompréhensible à l’époque, frappe les observateurs de stupeur. Les victimes sont en fait terrassées avec l’aide de leur propre système immunitaire : une résistance vigoureuse ne fait que propager plus rapidement l’infection. La grippe elle-même ne tue pas ou très peu : les malades sont achevés par d’autres affections, comme la pneumonie, qui profitent de leur affaiblissement.

Puisque les jeunes dans la force de l’âge sont particulièrement touchés, les soldats paient un lourd tribut à l’épidémie. L’armée belge n’a malheureusement pas fourni, en ce qui concerne les effets de la grippe, de statistiques médicales fiables. Les chiffres du lieutenant-général médecin Mélis, qui parle de 720 décès pour 12.000 militaires malades (soit seulement 6 %) sont irréalistes. En l’absence d’étude définitive, il est utile de consulter les souvenirs impressionnants des médecins militaires, comme celui du docteur Colard, qui parle d’une "mortalité effrayante, comparable à celle des grandes pandémies du Moyen Âge, qui atteignait à l’acmé de son développement 30 à 40 % de décès par jour". Et il nous reste, surtout, les récits des combattants.


Sources – article écrit grâce à l’aide de Monique, descendante directe d’Ernest.
Wikipédia
Bibliothèque royale de Belgique